"Je ne suis pas à la hauteur"

Une bribe de vie pour une petite voix... "Je ne suis pas à la hauteur." Cette phrase m'a accompagnée pendant plus de trente ans sans que je la remette en question. Elle s'est immiscée dans mes choix, mes doutes, ma façon d'être. Cette bribe part de là : de cette petite voix en fond sonore de ma vie, de ce qu'elle a façonné et de ce qui a commencé à changer le jour où j'ai arrêté de l'écouter.

Elodie GALVEN

2/9/20268 min lire

J'ai grandi avec cette petite voix dans ma tête, qui tourne en boucle comme un disque rayé : "Je ne suis pas à la hauteur." Elle a différentes formulations : "Je ne suis pas capable.", "Je ne suis pas assez...", "Les autres le font mieux.", "Je ne suis pas douée pour ça.", "Je n'y arriverai jamais.", "Ce que j'ai fait n'est pas assez bien.", "Je vais échouer.", etc.

Ici, bien sûr, je pose des mots d'adulte sur un sentiment qui m'a suivie depuis ma plus tendre enfance : la sensation de ne jamais faire ce qu'il faut ou plutôt de toujours le faire de travers, de ne pas être assez jolie ou assez drôle, pas assez sportive ou pas assez bavarde, pas assez intéressante ; ou au contraire, d'être trop timide et trop réservée, trop ronde, trop émotive, trop intelligente, etc. Bref, j'ai grandi et je me suis construite avec le sentiment que quoi que je fasse ou que je montre de moi, ce ne serait jamais assez bien pour les autres, je ne serais jamais assez bien. Assez bien pour quoi finalement ? Pour être acceptée et aimée tout simplement.

Cette petite voix...

D'où vient-elle ?

Alors, bien sûr, cette petite voix, ces sensations ne sont pas apparues toutes seules... Ce sont des remarques, des regards, des gestes ou, au contraire, parfois leur absence, qui l'ont renforcé au fil des années, au point que ça en devienne ma vérité. Il y a tellement de choses qui sont venues construire cette croyance limitante que je ne pourrais pas toutes les citer, mais certaines m'ont plus marquées que d'autres : 

  • "T'as vu ce que tu as fait ? Tu l'as fait exprès, hein ? T'es fière de toi ?" ;

  • être rejetée à l'entrée en 6e par mes copines de maternelle ;

  • ne jamais être choisie pour les activités de groupe ou sportives ;

  • entendre les murmures de celles et ceux qui me critiquent ;

  • tout ce que je faisais ou disais au collège était sujet à moqueries ;

  • "Elle ne participe pas en classe, elle est trop réservée, elle doit se faire violence." ;

  • "Arrête tes caprices et de pleurnicher" en imitant mes sanglots ; 

  • "Toi tu sais toujours tout." dit avec un ton dédaigneux alors que je veux simplement aider ;

  • "Oh le gros jambon !" en parlant de ma cuisse.

Ces expériences et tant d'autres se sont engrammés en moi comme un logiciel installé avec un bug : au lieu de grandir en renforçant l'estime de soi, je me suis construite en me pensant insuffisante et en pensant que les avis des autres définissaient ma valeur. Mais d'ailleurs, je devais être à la hauteur de quoi, de qui ? Et bien, des autres et de leurs attentes, de ma famille, des diktats de la société, de ce que les autres étaient capables de réaliser, etc.

Et ça, c'était sans compter sur mon cher cerveau qui n'a eu de cesse de chercher des éléments pour valider cette croyance limitante, pour valider le fait que les autres ont raison et que je suis clairement pas assez (ah le fameux biais de confirmation !). A chaque erreur de ma part, à chaque tentative, à chaque discussion, j'avais ces phrases qui se manifestaient : "Tu vois bien que tu n'as pas bien fait, les autres, eux, ont réussi donc tu es bel et bien insuffisante." ; "Tu n'y arriveras pas, iI vaut mieux que tu arrêtes." ; "Cela a déjà été fait, tu ne feras jamais aussi bien.", "Tu vois bien que ce que tu dis ne l'intéresse pas.", "Ce que tu viens de dire/faire est bête.".

Tout cela a fini par tourner en boucle dans ma tête au quotidien comme une bruit de fond qu'on n'entend plus mais qui pourtant est toujours présent. Cette voix m'a accompagnée et guidée sans faille pendant 30 ans avant que j'ose la remettre en question (quelle fidélité !). Je l'ai prise pour vérité, j'ai cru que c'était ma voix de la raison qui tempérait les ardeurs de mon coeur par réalisme : "Sois réaliste, personne ne t'accepteras telle que tu es, tu n'as pas ce qu'il faut pour atteindre tes rêves.".

  

Son impact sur ma vie

Mon pas de côté

Tout cela a changé quand j'ai osé (oui oui!) poser mes limites en me disant : "ok, je ne suis peut-être pas assez bien mais je ne veux plus être traitée comme une moins que rien. Je ne veux plus l'entendre, le subir, le ressentir." Pour la première fois de ma vie, je me suis accordée de la valeur et je l'ai fait savoir.

Cela a marqué le début d'une nouvelle vie. Une vie où j'apprends à me détacher du regard des autres, une vie où j'ose, une vie où je suis moi tout simplement. 

Depuis, je n'ai eu de cesse de travailler sur moi dans ce but-ci. Et c'est ainsi que j'ai constaté que mon cerveau ne se concentrait que sur mes échecs et occultait mes réussites (son rôle est de nous garder en vie alors le positif, très peu pour lui, focus sur tous les potentiels dangers). Or, je ne suis pas qu'une longue liste d'échecs ou de déconvenues (tu m'étonnes que j'ai cru ne pas être à la hauteur !). Déjà car j'ai réussi énormément de choses dans ma vie, j'ai surmonté beaucoup d'obstacles et d'épreuves ; mais aussi et surtout car je suis forte, résiliente, gentille, intelligente (la liste est non exhaustive ! ). Et le plus important dans tout ça, c'est qu'en aucun cas je suis définie par mes échecs ou mes réussites. 

Enfin, j'ai pris conscience que le but n'était pas de répondre aux attentes des autres et de la société (de toute façon, ce serait impossible de satisfaire tout le monde) mais de vivre ma vie tout simplement, une vie qui me ressemble et dans laquelle je me sens bien. Après tout, personne n'a vécu ce que j'ai vécu, personne n'est à ma place, personne ne sait mieux que moi ce dont j'ai besoin, personne ne fera le bilan de ma vie à sa mort.

Ce que j'entends aujourd'hui

Ne pas me sentir à la hauteur, a impacté ma vie et mes décisions pendant des années. Je n'avais absolument pas confiance en moi, je doutais des autres et de moi, je cherchais à me fondre dans la masse en marchant sur des oeufs en permanence (bah oui, les autres pouvaient se rendre compte de la supercherie à tout instant et découvrir que j'étais clairement moins valeureuse qu'eux). Je n'osais pas me dévoiler par peur d'être à nouveau rejetée, moquée, rabaissée pour qui je suis. Alors, je me faisais la plus discrète possible.

Evidemment, j'exprimais rarement mon avis et sortir de ma zone de confort, oser, tenter de nouvelles expériences et faire de nouvelles rencontres n'étaient pas envisageables (stress au maximum, en panique totale!). Déjà que je suis taureau (on aime son petit confort!) mais en plus avec cette croyance qui radote sans cesse dans ma tête, cela me semblait quasiment impossible : c'était prendre trop de risques pour me reprendre une porte à coup sûr. Pas moyen. Je ne pouvais pas être à nouveau blessée et souffrir encore plus alors que mes plaies étaient encore à vif. Seule solution : me protéger et rester dans un univers sous contrôle. Mon contrôle. 

Et, si enfin j'osais quelque chose de nouveau, c'était après avoir pesé les pour et les contre mille fois, m'être posé quinze mille questions et avoir demandé la validation de mes proches (bah oui, les autres savent mieux que moi car eux sont à la hauteur évidemment!).

Pour résumer, j'ai passé la majeure partie de ma vie à me dévaloriser, à me comparer aux autres, à m'adapter en permanence, à tout contrôler au maximum. A cause de cela, je suis passée à côté de relations et d'opportunités, je me suis privée de voyages, de découvertes, etc. Et pour autant, je ne regrette rien. J'ai appris. Je me suis protégée comme j'en avais besoin à ce moment là. J'ai fait ce que je pouvais et c'est plus que suffisant.

Si cette petite voix te parle...

Tu te reconnais dans mes mots ? Toi aussi tu as grandi en ne te sentant pas à la hauteur ? Toi aussi tu restes figée par la peur du jugement des autres ou la peur de l'échec ? Toi aussi tu te compares aux autres, tu n'as pas confiance en toi et tu as une faible estime de toi ? Toi aussi cette croyance t'empêche de vivre comme tu le souhaiterais et d'être toi tout simplement ?

Tu n'es pas seule.

Si, là, tout de suite, je te dis que tu es assez, j'imagine que ton cerveau est déjà en train de dire "oui mais elle ne te connait pas", "oui mais elle ne sait pas ça", "oui mais toi tu sais que tu n'es pas à la hauteur", etc. Bref, il a enclenché le mode résistance option disque rayé. C'est ta croyance limitante qui te parle (tu sais ce bug du logiciel dont je te parlais tout à l'heure). Pas toi. C'est une protection mise en place par ton cerveau mais pas une fatalité. Tu peux te libérer de cette croyance d'être insuffisante, prendre confiance en toi, oser pour enfin être pleinement toi !

Alors, même si une part de toi n'est pas prête à l'accepter encore, je le dis avec plein de douceur, comme une graine que l'on sème : tu es assez telle que tu es. Tu es à la hauteur de ta vie, non pas parce que tu fais tout bien mais parce que tu existes.

Et maintenant, es-tu prête à faire un pas de côté pour reprendre le pouvoir sur cette petite voix ?

Alors, je vais être totalement transparente en te disant que cette petite voix, "Je ne suis pas à la hauteur", est encore là. La grande différence avec mon passé est que j'ai appris à baisser son volume et elle n'a plus de pouvoir sur moi. Je sais désormais la reconnaître, je sais pourquoi elle intervient et je suis capable de me dire que ce n'est pas moi mais ma croyance qui parle. Et ça change tout ! Cela me permet de ne plus rester paralysée par la peur de mal faire, d'échouer, du regard des autres, ou par manque de confiance en moi.

Cette petite voix persiste à tenter de me faire douter de moi et de ce que je souhaite entreprendre à coup de  : "Tu es sûre de vouloir faire ça ? Je ne pense pas que tu vas y arriver.", "Tu as vu comment les autres le font bien, toi tu as quoi pour réussir ?", "Tu as déjà essayé et ça n'a pas fonctionné, pourquoi ça marcherait cette fois-ci ?".

Aujourd'hui, quand j'entends ce disque rayé, je le contre en me rappelant tout ce que j'ai accompli dans ma vie, en évoquant ma force et ma résilience, entre autres. Je me rappelle que quoiqu'il arrive, je saurai rebondir car je l'ai déjà fait plus d'une fois dans ma vie. Et surtout, je garde en tête que ma valeur ne dépendra jamais de mes échecs ou de mes réussites. J'ai de la valeur car j'existe.

Aujourd'hui, quand j'entends cette petite voix, je lui réponds : "Ok, tu ne m'en penses pas capable mais j'y crois et j'ai quand même envie d'essayer ! "